La lettre de L'Agora - Printemps 2026 - Volume 17 - Numéro 3

La Lettre de L'Agora

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Printemps 2026

Les puissances de notre temps : empire, technique, ressentiment, loi des juges, devoirs, empathie, etc.


La guerre de « choix » déclenchée le 28 février dernier par le président Trump contre l’Iran avec le soutien d’Israël a plongé le monde dans une incertitude géopolitique sans précédent depuis 2000. Mais bien avant cette guerre le président Trump avait déjà bousculé ses proches alliés, par ses menaces répétées d’annexer le Groenland et le Canada. C’est donc sur le thème du destin américain du Canada que s’ouvre la Lettre. Un article de Marc Chevrier revisite la pensée du philosophe George Grant, qui dès 1965 se désolait de voir le Canada, incapable de perpétuer sa tradition fondatrice, devenir un satellite de l’Empire américain. Le premier ministre Mark Carney a certes affirmé quelques velléités d’indépendance du Canada vis-à-vis de son puissant voisin, par un discours remarqué à Davos au début de janvier. Carney y cite le grand historien grec Thucydide. Comment comprendre cette citation ? Un billet de Marc Chevrier nous l’explique. Face aux bouleversements du monde, certains ont souligné le provincialisme régnant dans les médias au Québec. Un thème récurrent de la politique québécoise sur lequel revient également l’auteur dans un autre billet. Dans une étude minutieuse de l’affaire Kanyinda tranchée cet hiver, Yannick Lacroix analyse comment les juges de la Cour suprême canadienne, au nom d’une Charte des droits constitutionnalisée, ont substitué leur évaluation à celle du gouvernement québécois en matière d’accès aux garderies subventionnées. Dans cet ordre constitutionnel façonné par les juges, seuls existent les droits de l’individu; il serait peut-être temps, estime Yan Barcelo, de consacrer les devoirs de ce dernier, pour contenir les tendances régressives de notre époque.

Dans l'exigence d’égalité qui sous-tend souvent les revendications aujourd’hui se mêle parfois un sentiment sombre, le ressentiment, que Richard Lussier examine en partant du texte fondateur de Max Scheler. Il en montre d’abord une facette violente en donnant l’exemple des massacres qui eurent lieu lors de la guerre de libération de la Grèce en 1821, puis il expose la profonde scission et dommages que le ressentiment d’un certain féminisme fait toujours subir aux hommes et surtout aux femmes.

Les démocraties libérales ont également une part d’ombre, ce que rappelle Jacques Larochelle dans un billet, pour qui les dérives qui affectent actuellement les États-Unis ne trouveront pas de remède dans le retour espéré à plus de démocratie.

Le scepticisme à l’égard des excès de la démocratie a parcouru l’histoire de la pensée occidentale. D’où la pertinence de remonter à Platon et à sa célèbre allégorie de la caverne, un sommet dans l’œuvre du philosophe, rappelle Gérard Allard. Ce dernier publie ici la première tranche d’un long exercice de réflexion sur cette fameuse allégorie, qui en explore le contexte littéraire, soit la dimension politique de la vie. Il sera suivi de deux autres qui porteront sur l’allégorie elle-même et sur une interprétation possible.

Un autre sentiment puissant de notre époque est l’empathie, que Georges-Rémy Fortin se propose de comprendre par-delà le clivage gauche-droite pour en souligner à la fois les vertus et les conditions d’exercice. L'empathie s'exerce souvent à travers une forme d'attention bienveillante. Attention surexploitée au XXe siècle par les plateformes numériques. Bernard Lebleu nous parle de l'historien de la culture Ted Gioia et du collectif the Friends of Attention qui prônent la désobéissance attentionnelle pour se réapproprier ce bien commun qu'est notre attention. Enfin, avec ses talents de conteur qu’on lui connaît, Nicolas Bourdon ajoute une petite touche d’humour à la Lettre. Il y publie un extrait d’un roman en chantier, qui parodie l’avant-garde littéraire québécoise.


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George Grant ou le destin américain du Canada

Marc Chevrier

Au Québec, on invoque George Grant pour établir un contraste avantageux entre le Canada anglais, menacé d’absorption par les États-Unis, et le Québec, protégé par sa culture et sa langue. Ce sympathique philosophe et théologien, lecteur de Leo Strauss et de Simone Weil, a pensé à rebours de son temps, dès 1965 dans un lamento célèbre, la disparition du Canada comme projet de pays, happé par l'Empire techno-libéral américain. Cet article donne suite à une entrevue portant sur George Grant à l'émission Questions d'actualité de Radio VM.

Malheur et inconsistance des puissances moyennes De Thucydide à Vàclav Havel

Marc Chevrier

Retour sur le discours prononcé par le premier ministre Mark Carney en janvier 2026, à travers deux entrevues de l'auteur données à l'émission Midi-Actualités animée par Philippe Labrecque à Radio VM..

Le provincialisme impérial

Marc Chevrier

Une question est revenue hanter le Québec à la fin de 2025, son provincialisme, qui décrit outre sa condition politique, un état d'esprit, une manière d'exister, qui caractérise collectivement les Québécois et restreint leurs horizons. Cependant, ce provincialisme n'est pas celui d'un ancien pays relégué au marge d'un État national centralisé, comme en France, où le mot province désigne péjorativement tout ce qui n'est pas Paris. Il renvoie au Québec à la condition d'un peuple minoritaire fondu dans un empire où il s'est habitué à l'idée de ne pas avoir à prendre en charge les dimensions névralgiques de sa liberté politique. Des textes et des entrevues en discutent.

L’arrêt Kanyinda ou la « superpuissance démocratique » à l’ouvrage

Yannick Lacroix

Depuis l’enchâssement de la Charte dans la Constitution en 1982, la cour suprême a été appelée à sortir des sentiers du droit pour se mêler de plus en plus de questions d’organisation sociale et de politiques gouvernementales que certains réserveraient plutôt aux élus ou encore aux fonctionnaires. Les gouvernements, bien souvent, ont été tout à fait heureux de se délester de patates chaudes sur les honorables juges, mais au prix d’une perte progressive d’autonomie et de pouvoir. L'arrêt Kanyinda confirme cet empiètement du judiciaire sur le politique au Canada.

Vivement, une charte des devoirs pour corriger l’hypertrophie des droits !

Yan Barcelo

Les avancées d’aujourd’hui portent des dangers intellectuels, sociaux et moraux inédits, des menaces de surveillance et de contrôle des masses d’une puissance et d’une étendue insoupçonnée. Si nos sociétés doivent survivre au spectre d’inhumanité qui se dresse à l’horizon, elles n’auront pas le choix de repenser un jour l’équilibre fondamental qu’il faut assigner aux droits et devoirs de leurs membres.

 

L’homme du ressentiment

Richard Lussier

Tout ressentiment collectif ne finit pas nécessairement dans un bain de sang, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne soit pas dommageable à la communauté; je pense notamment à notre Révolution tranquille ou au féminisme. Arrêtons-nous à ce dernier cas.

 

Changement de régime

Jacques Larochelle

Il importe d’avoir le courage élémentaire de ne pas voir dans la dérive complète et dangereuse de ce puissant pays que sont les Étas-Unis une atteinte À la démocratie, alors qu’en réalité nous assistons à une atteinte DE la démocratie à la paix, à la sécurité et la rationalité de l’ordre national et international.

 

L’allégorie de la caverne - première partie

Gérald Allard

Ce texte est la première tranche d’un long exercice de réflexion sur l’allégorie de la caverne de Platon. Cette première tranche porte sur le contexte littéraire du texte bien connu, soit la dimension politique de la vie. Elle sera suivie de deux autres qui porteront sur l’allégorie elle-même et sur une interprétation possible.

De l'empathie à la tolérance

Georges-Rémy Fortin

On entend de plus en plus souvent des appels à l’empathie. En réaction à la haine qui semble chaque jour gagner du terrain, on rappelle l’importance d’être attentif aux autres, de ressentir ce qu’ils ressentent, de se mettre à leur place. Si tous faisaient preuve d’empathie les uns envers les autres, nous vivrions dans un monde solidaire et juste. Ces appels à l’empathie sont, à tort ou à raison, attribués à des idées et des sentiments « de gauche », ce qui a suffi à certains soi-disant conservateurs à lancer des mots d’ordre contre l’empathie.

La désobéissance attentionnelle

Bernard Lebleu

Pour s'extraire de l'emprise qu'ont sur notre attention les grandes plateformes numériques, plusieurs, comme l'historien de la culture Ted Gioia ou le collectif The Friends of Attention, en appellent à la désobéissance attentionnelle, un acte de résistance radicale qui va bien au-delà de la simple détox numérique prônée par des médias qui souvent contribuent à notre intoxication numérique.

 

Aperçu des avant-gardes

Nicolas Bourdon

« Mon jeune ami Christian vit dans ses rêves comme Don Quichotte dans ses imaginations. Figurez-vous qu’il s’est mis dans la tête de faire revivre le Montréal du XIXe siècle dans un recueil d’histoires intitulé Montréal au temps jadis. Je lui ai dit qu’avant toute chose il devait connaître le Montréal d’aujourd’hui et j’ai tenté de lui faire subtilement comprendre que le Montréal d’aujourd’hui ne voudrait peut-être rien savoir du Montréal du passé. »

 

Vient de paraître
Notre collaborateur, Nicolas Bourdon, vient de publier Lever de rideau, son premier recueil de nouvelles (Liber). Le recueil compte douze nouvelles qui sont enracinées, pour la plupart, dans la réalité montréalaise. On y retrouve un sens de la beauté et un humour subtil, souvent pince-sans-rire, qui permettent à l'auteur de nous faire réfléchir en douceur sur les multiples obstacles au bonheur qui parsèment toute vie normale. Ceux qui lisent déjà Nicolas sur L'Agora, dans Argument ou encore dans L'Action nationale, reconnaitront l'écrivain qu'ils aiment. Les autres en découvriront un! (Georges-Rémy Fortin)
Disponible chez Renaud-Bray